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    LE FIGARO

    Vitamine D : les Français carencés

    Par Marc Mennessier - le 25/06/2012
    L'Académie de médecine préconise d'augmenter les apports quotidiens pour les adolescents et les personnes âgées.

    Des carences de plus en plus fréquentes, des apports insuffisants et «des recommandations inadaptées aux besoins» : l'Académie de médecine dresse un tableau plutôt sombre de la situation de la vitamine D en France. «Environ la moitié de la population française est carencée», expliquait mercredi, le Pr Bernard Salle lors de la présentation à la presse du rapport «Statut vitaminique, rôle extra-osseux et besoins quotidiens en vitamine D». «Mais si l'on considère que la valeur seuil est de 30 nanogrammes de 25 OHD (substance active dérivée de la vitamine D, NDLR) par millilitre de sérum sanguin, et non de 20 ng/ml, la proportion de personnes déficitaires passe à 70 %», insiste-t-il.

    Ce constat est problématique car la vitamine D, en favorisant l'absorption intestinale du calcium, assure une bonne ossification et prévient un certain nombre de pathologies graves comme l'ostéoporose ou l'ostéomalacie, à l'origine de fractures chez le sujet âgé. Sans oublier, évidemment, le rachitisme chez l'enfant, qui fut efficacement combattu à partir des années 1920 par l'ingestion quotidienne d'une cuiller à café d'huile de foie de morue.

    Les poissons gras sauvages (saumon, morue, flétan…) sont en effet l'une des rares sources alimentaires de vitamine D. Le reste est fourni à l'organisme par l'action des rayons ultraviolets B (UVB) sur la peau, à condition de s'exposer suffisamment (mais pas trop pour ne pas favoriser le risque d'une tumeur de la peau…) au soleil d'été, c'est-à-dire, sous nos latitudes, d'avril à septembre. Et de ne pas abuser de crème solaire écran total…

    «En automne et en hiver, le soleil est trop bas sur l'horizon pour que les UVB arrivent jusqu'au sol, sauf en montagne, du fait de l'altitude. Du coup, seuls les UVA nous parviennent mais ils sont incapables de synthétiser la vitamine D», explique le Dr Jean-Claude Souberbielle, endocrinologue à l'hôpital Necker (Paris) et coauteur du rapport.

    Vu le succès du traitement contre le rachitisme, c'est en dosant la quantité de vitamine D contenue dans une cuillerée d'huile de foie de morue, que les besoins quotidiens ont été établis par les autorités de santé, soit 400 unités internationales (UI) ou 10 microgrammes de vitamine D par jour. Mais depuis une quinzaine d'années, cette recommandation qui date des années 1930 est jugée insuffisante par de nombreux pays qui ont décidé de la relever, en particulier aux États-Unis, où elle est passée à 800 UI, soit un doublement.

    Bénéfices multiples

    En France, c'est toujours l'ancienne norme «inadaptée» qui prévaut. «Le but de ce rapport est de démontrer aux autorités de santé qu'elles doivent reconsidérer leur position», explique le Pr Salle. Avec cet argument massue: «En France, les apports moyens sont d'environ 100 UI par jour et par personne. Or il en faudrait dix fois plus pour atteindre le seuil minimum de 20 ng/ml, qui est d'ailleurs insuffisant si les apports complémentaires en calcium sont trop bas pour assurer une bonne ossification.»

    Des études ont montré que pour réduire significativement les risques de chute ou de fracture chez les personnes âgées, la concentration sérique en 25 OHD doit être supérieure non pas à 20, mais à 30 ng/ml de sang. On en est loin…«L'absorption d'une ampoule de vitamine D par mois, devrait être systématique au-delà de 50 ans», poursuit le Pr Salle. Le tout sans risque d'hypercalcémie, une maladie grave mais rarissime, provoquée par un excès de vitamine D. Et un coût modique pour l'Assurance maladie.

    Si le rachitisme carentiel du nourrisson a quasiment disparu en France, grâce notamment à une bonne supplémentation des laits maternisés, beaucoup d'adolescents présentent des carences à un âge charnière (entre 10 et 20 ans) pour la constitution de leur masse osseuse. «Depuis une dizaine d'années, nous constatons que 25 % des adolescents sans pathologie présentent en fin d'été un taux inférieur à 20 ng/ml, alors qu'ils sortent d'une période de fort ensoleillement», alerte le Pr Jean-François Duhamel, pédiatre au CHU de Caen et coauteur du rapport qui préconise lui aussi une supplémentation de 100.000 UI deux à trois fois par an à titre préventif, en particulier chez les personnes en excès de poids ou obèses.

    Car outre son action sur le squelette, la vitamine D offre des bénéfices multiples. En stimulant le système immunitaire, elle permet de prévenir efficacement certaines maladies infectieuses comme la tuberculose et de lutter contre elles. L'efficacité des séjours en sanatorium s'explique d'ailleurs par la stimulation de la production de vitamine D sous l'effet de l'ensoleillement meilleur en altitude. Elle a également un impact positif contre les maladies cardio-vasculaires ou rénales, et certaines maladies auto-immunes (sclérose en plaques, diabète de type 1…). En revanche, son effet protecteur contre certains cancers, suggéré par certaines études fortement médiatisées, reste à confirmer, note prudemment l'Académie de médecine.


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